La butte de Fronsac : marché gaulois, folie de Richelieu et un vignoble qui a vu naître l'idée de cru
Depuis Lussac, il faut une vingtaine de minutes de route vers l’ouest pour arriver à Fronsac. Rien de spectaculaire au premier regard : un village de 1 130 habitants, une église, des rangs de vigne, une petite mairie. Le relief, lui, explique tout. Le tertre de Fronsac monte à 84 mètres, juste au-dessus de l’endroit où l’Isle rejoint la Dordogne, face à Libourne. Sur cette butte, on a fait du commerce, la guerre et du vin pendant près de trois mille ans.
Le marché des Gaulois, le camp de Charlemagne
Les Gaulois y tenaient leur marché, Rome y a élevé un autel, Charlemagne y a installé un camp fortifié. Puis, en 849, la butte est pillée par le chef viking Hasting. Fronsac entre dans l’histoire écrite par la porte de la guerre, ce qui lui vaudra plus tard d’être le siège d’une vicomté, puis d’un duché, tenu par la famille de Richelieu.
Si l’on vient aujourd’hui, c’est d’abord pour la vue. Du haut du tertre, on embrasse la confluence, la ville de Libourne et les coteaux qui se font face. Un dessinateur hollandais du XVIIe siècle, Herman Van der Hem, a croqué la scène depuis ce même promontoire : à trois siècles et demi d’écart, le point de vue n’a pas changé.
La folie du maréchal de Richelieu
C’est au maréchal de Richelieu que l’on doit la « folie » construite sur la butte, une demeure à l’architecture extravagante, qui fut le théâtre de fêtes galantes. L’écho de ces soirées a porté le renom des vins de Fronsac jusqu’à la cour de Versailles. Au XVIIIe siècle, Fronsac et Canon-Fronsac jouissaient d’une réputation solide, et c’est ici qu’apparaît pour la première fois dans le Libournais la notion de « cru », cette idée qu’un vin se définit par le lieu qui l’a vu naître.
Sept communes, sept cents hectares et du merlot
L’appellation fronsac a été reconnue par décret le 4 mars 1937, sous le nom de « côtes de Fronsac », avant d’être raccourcie en « fronsac » par un décret du 21 septembre 1976. Elle couvre sept communes : Fronsac, Saint-Aignan, La Rivière, Saint-Germain-de-la-Rivière, Saillans, Saint-Michel-de-Fronsac et une partie de Galgon.
Le vignoble s’étend sur un peu plus de 700 hectares, plantés majoritairement en merlot, complété par du cabernet franc et du cabernet sauvignon, sur des sols de calcaire à astéries et de molasse du Fronsadais. Avec son voisin canon-fronsac, l’ensemble réunit environ 170 propriétaires, dont les châteaux de la Dauphine et de la Rivière, parmi les plus connus.
La comparaison avec la maison est instructive. Pour le calcul des fermages de 2023, un tonneau de fronsac était évalué 1 448 euros, contre 1 882 euros pour un canon-fronsac et de 2 008 à 2 428 euros pour un lussac-saint-émilion. Le tertre a beau avoir vu naître le mot « cru », la hiérarchie des prix reste tenace, et elle ne se joue plus sur la hauteur de la colline.
Trois choses à voir sur place
L’église Saint-Martin, d’abord, inscrite aux monuments historiques depuis 1925, sur un site occupé depuis très longtemps. Les paysages ensuite, avec la confluence et les coteaux, qu’on peut suivre de domaine en domaine. Un détail pour les curieux d’histoire industrielle : la commune a disposé de 1913 à 1949 d’une gare des Tramways électriques du Libournais, ces petits trains qui ont sillonné le pays avant l’automobile.
Y aller depuis le Lussacois
Comptez une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau depuis Lussac, une vingtaine de minutes par la route. La sortie se combine sans effort avec Libourne, à cinq kilomètres, et avec une boucle dans le Fronsadais, de l’autre côté de l’Isle. Le pays regarde la rivière depuis son tertre : c’est exactement ce que raconte la route fluviale qui a fait la fortune des vins du pays, du port de Libourne aux quais de la Dordogne. Fronsac en est la vigie, et cela se voit encore.
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