L'église Saint-Martin de Monbadon, protégée depuis 1925
On la découvre avant de la voir : la route départementale 21 descend de Lussac vers Saint-Cibard et traverse un vallon étroit, creusé entre deux coteaux. À l’est, le château de Monbadon dresse sa tour au-dessus des vignes. Au sud-ouest, une maison noble, Jouanin, marque l’autre versant. Entre les deux, posée au fond, l’église Saint-Martin de Monbadon a gardé de son origine romane ce que les reconstructions ont bien voulu lui laisser : une nef, un clocher et un chevet.
Un vallon, deux maisons nobles et un nom ancien
Le site relève aujourd’hui de la commune de Puisseguin, à quelques kilomètres de Lussac. Monbadon a été une paroisse, puis une commune, avant d’être rattaché à sa voisine à la fin des années 1980. L’église apparaît dans la liste des paroisses de l’archiprêtré d’Entre-Dordogne dressée en 1398 sous le nom de Sanctus Martinus de Boenx. Ce Boenx vient de la famille qui possédait le château voisin, et le vocable de saint Martin, évangélisateur des campagnes gauloises, est l’un des plus répandus du Libournais.
Ces deux maisons nobles expliquent la situation de l’édifice. Une église de vallon n’est pas une église de bourg : elle dessert les métairies et les domaines alentour, et les seigneurs qui l’entourent y ont leur banc et leur tombeau. Le château de Monbadon, forteresse du XIIIe siècle remaniée au XVIe, se lit encore depuis le parvis.
Ce que le roman a laissé
L’église est d’époque romane, à l’exception du portail et de l’abside, refaits en 1761, et des voûtes, montées en 1855. La nef, le clocher et le chevet roman subsistent, avec des murs de façade de la fin du XIe siècle et un appareil de pierre blond qui rappelle les petites églises du pays. Le chevet actuel a été reconstruit au XVIIIe siècle, percé de deux grandes baies en plein cintre.
À l’intérieur, le sanctuaire a reçu au XVIIIe siècle un retable avec entablement et pilastres ioniques peints en faux marbre autour de l’autel. La sacristie date de la même campagne. L’ensemble donne un contraste net avec la nef : d’un côté la retenue romane, de l’autre le goût du décor de la fin de l’Ancien Régime, dans une paroisse de quelques centaines d’âmes.
1896, le crépi et les toiles de Terral
En juin 1896, la façade est crépée à la chaux hydraulique. La raison est simple : l’archevêque de Bordeaux doit venir en visite cette année-là, et l’on veut une église présentable. Le même chantier commande à l’atelier du peintre Terral, à Bordeaux, un décor intérieur. Cinq toiles marouflées sont posées dans l’église, dont un christ en croix et une Vierge de part et d’autre de la nef.
Ce décor peint du XIXe siècle a longtemps été tenu pour un ajout sans intérêt. Il constitue pourtant un témoignage rare dans le canton, où peu d’églises rurales ont conservé un ensemble de ce type. Les toiles sont toujours en place, dans une nef éclairée par des baies étroites.
Deux cadrans solaires sur la façade sud
Le détail le plus curieux se trouve dehors, sur la façade sud. Deux cadrans s’y succèdent. Le plus ancien est un cadran canonial, gravé dans la pierre : un demi-cercle divisé en secteurs qui servait aux clercs à repérer les heures des offices, bien avant les cadrans à gnomon. À côté, un cadran solaire daté de 1630 a été peint sur l’enduit, avec ses chiffres et son style. Sa position, très basse sur le mur, oblige à se pencher pour le lire.
L’église est protégée au titre des monuments historiques depuis le 21 novembre 1925. Cette protection couvre l’édifice dans son ensemble, y compris les parties refaites au XVIIIe et au XIXe siècle, ce qui est fréquent pour les églises rurales dont l’intérêt tient autant aux reprises qu’au noyau d’origine.
On y accède par la D21, entre Lussac et Saint-Cibard. L’extérieur et les cadrans se voient à toute heure ; pour l’intérieur, mieux vaut se renseigner en mairie de Puisseguin. Pour replacer Monbadon parmi les autres édifices du secteur, notre page sur le patrimoine du Lussacois recense les églises, les châteaux et les moulins du pays.
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