L'histoire de Lussac et du Lussacois : de la villa gallo-romaine à l'AOC
L’histoire du Lussacois ne tient pas dans une grande bataille ni dans un monument unique ; elle se lit dans les noms des lieux, les dates gravées sur les bâtiments et la façon dont les villages se sont rattachés les uns aux autres au fil des siècles. De la villa gallo-romaine de Lucius à la cave coopérative fondée en 1937, voici de quoi regarder le pays autrement.
De Lucius à Lussac : un nom venu de l’Antiquité
Tout commence par un nom. Celui de Lussac viendrait d’un domaine gallo-romain constitué autour d’un propriétaire nommé Lucius. La tradition locale va plus loin : les vestiges d’une villa dite de Luccius, repérés à l’est du bourg au milieu des vignes, auraient donné leur nom au village. L’occupation du sol est en tout cas bien antérieure à la vigne : le plateau de Malengin, côté Parsac, était déjà occupé avant la domination romaine, à en juger par les silex taillés qui y servaient d’armes et d’outils aux populations gauloises.
La paroisse devient commune
À la Révolution, la paroisse de Lussac devient commune, comme partout en France. L’église Notre-Dame, elle, est bien plus ancienne : romane du XIIe siècle, remaniée au XIVe, dévastée en 1587 pendant les guerres de religion, restaurée au XIXe avec sa flèche. Elle se visite, comme le raconte notre guide du patrimoine du Lussacois.
Des seigneuries qui se disputent le pays
Au Moyen Âge, le territoire vit à la lisière du duché d’Aquitaine, possession anglaise jusqu’en 1453. La petite châtellenie de Puisseguin, qui dépend de celle de Puynormand et s’étend alors jusqu’à Parsac, est attribuée en mai 1341 à la famille d’Albret, qui la conserve jusqu’au XVIIe siècle. Elle passe ensuite aux Fournel, puis en 1763 aux Rounel de Godeville, qui la gardent jusqu’à la Révolution.
La guerre de Cent Ans laisse des traces concrètes. En 1330, le roi d’Angleterre Édouard III autorise Gaillard de Malengin à bâtir une maison forte dans la châtellenie de Puisseguin. Quatre-vingt-dix ans plus tard, en 1420, son descendant, rallié au camp du roi de France, voit sa forteresse assiégée puis prise par les Bordelais, bombardes comprises. Il en reste des ruines, décrites dans notre article sur les châteaux du Lussacois.
Quant au château de Monbadon, qui domine son vallon sur la commune de Puisseguin, la tradition fait remonter son site au IXe siècle, quand Seguin, lieutenant de Charlemagne, s’installe dans le pays. La paroisse de Monbadon devient commune à la Révolution, avant d’être rattachée à Puisseguin le 1er janvier 1989.
Des villages qui se regroupent
La carte administrative n’a cessé de bouger, souvent autour de la vigne. En 1869, une partie de Lussac et de Montagne se détache pour former la commune des Artigues. En 1973, Montagne absorbe les villages voisins de Saint-Georges et de Parsac. Plus près de nous, de 2005 à 2012, huit communes forment la communauté de communes du Lussacais, avant de rejoindre le Grand Saint-Émilionnais, comme le raconte la présentation du pays.
Le territoire a aussi sa mémoire douloureuse récente : le 23 octobre 2015, l’accident de la route le plus meurtrier en France depuis 1982 s’est produit à Puisseguin, faisant 43 morts. Une date dont les villages gardent la mémoire.
La vigne, fil rouge de l’histoire locale
La vigne court sous toute cette histoire. Après la crise du phylloxéra et l’essor du négoce bordelais, la fin du XIXe siècle voit les grands propriétaires bâtir : le château de Lussac sort de terre en 1876 pour le négociant Montouroy, au cœur même du bourg. En 1898, un incendie le ravage presque entièrement ; seuls les chais sont sauvés, et le bâtiment est reconstruit à l’identique. En 1936, les vins de la commune obtiennent leur reconnaissance officielle avec l’AOC Lussac-Saint-Émilion, comme l’explique notre guide des appellations du pays. Un an plus tard, en 1937, les vignerons de Puisseguin fondent leur cave coopérative, qui rassemble aujourd’hui plus de 200 vignerons et dont on peut visiter les chais : voir la page œnotourisme et dégustations.
Aujourd’hui encore, l’activité de Lussac est quasi exclusivement agricole et tournée vers la vigne. Le pays a changé de maîtres, changé de frontières, changé de statut ; il n’a jamais changé de métier.
En images
Photos