Châteaux et domaines du Lussacois : forteresses et châteaux de vignerons

Le château de Monbadon à Puisseguin, inscrit aux monuments historiques
Photo : William Ellison, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Dans le Lussacois, le mot château recouvre deux réalités bien distinctes. Il y a les forteresses médiévales, nées quand le pays servait de frontière entre le royaume de France et le duché anglais d’Aquitaine. Et il y a les châteaux de vignerons, élevés au XIXe siècle par des négociants enrichis par la vigne. Les uns se visitent rarement, les autres accueillent volontiers le visiteur. Tour d’horizon de ce qui se voit et se vérifie.

Le château de Lussac, né de la vigne en 1876

Le plus connu se trouve au cœur du bourg de Lussac. Le château de Lussac est construit en 1876 pour le négociant Montouroy : un corps central classique surmonté d’un fronton monumental inspiré de la Renaissance, flanqué de deux pavillons. Le destin du bâtiment tient du roman noir. Dans la nuit du 19 au 20 septembre 1898, un incendie le ravage entièrement, meubles, bijoux et archives familiales compris ; seuls les chais sont sauvés. Le propriétaire, qui venait de renvoyer son cocher âgé de 17 ans, voit celui-ci condamné à vingt ans de travaux forcés pour l’incendie. Le château est aussitôt reconstruit à l’identique.

Le domaine couvre aujourd’hui une trentaine d’hectares en appellation Lussac-Saint-Émilion, où dominent le merlot et le cabernet franc. Il reçoit les visiteurs pour une visite des chais avec dégustation, sur réservation : voir notre page œnotourisme et dégustations.

À Montagne, le château des Tours et la chartreuse Saint-Georges

Le château des Tours domine Montagne depuis le XIVe siècle, avec son donjon et ses tours couronnées de mâchicoulis, autour d’une cour que fermaient autrefois des murailles crénelées et des fossés. Les armes des seigneurs des Tours, les Calvimont, étaient sculptées au-dessus de la porte. Restauré au XIXe siècle, célébré en 1876 par le dessinateur Bertall comme l’une des habitations les plus réussies de la région, il appartient aujourd’hui à un passé menacé : faute de travaux, l’édifice se dégrade peu à peu. Il ne se visite pas, mais ses tours se découvrent des routes du plateau, et les photographies anciennes conservent sa silhouette d’avant les ruines.

À quelques kilomètres, le château Saint-Georges raconte l’autre histoire, celle des chartreuses viticoles. Ses quatre tours évoquent un château féodal plus ancien, mais la façade néoclassique de la maison, elle, est attribuée à Victor Louis, l’architecte du Grand Théâtre de Bordeaux. La propriété appartient à la famille Desbois depuis 1891 et cultive 45 hectares dans la toute petite appellation Saint-Georges-Saint-Émilion, la plus réduite des satellites de Saint-Émilion. Le domaine reçoit les visiteurs en semaine, sur rendez-vous.

Monbadon et Malengin, les ruines féodales

Le château de Monbadon veille sur le hameau du même nom, sur la commune de Puisseguin. La tradition y place dès le IXe siècle Seguin, lieutenant de Charlemagne, venu bâtir un château dans le pays qui garde son nom. L’édifice actuel, inscrit aux monuments historiques depuis 1964, domine le vallon et se mérite par une courte montée : c’est l’un des points de vue du circuit médiéval décrit dans nos balades du Lussacois.

Plus discret, le château de Malengin est une maison forte construite en 1330 à Parsac, sur la commune de Montagne, après autorisation du roi d’Angleterre Édouard III à Gaillard de Malengin. Pendant la guerre de Cent Ans, le seigneur prend le parti du roi de France : en 1420, les Bordelais assiègent la forteresse à coups de bombarde et s’en emparent. Il n’en reste que des ruines, inscrites aux monuments historiques en 1978, en bord de route entre Saint-Christophe-des-Bardes et Puisseguin. Propriété privée, le site ne se visite pas.

À voir, à déguster, à ne pas confondre

Une règle simple pour le visiteur : dans le Lussacois, un château qui produit du vin a presque toujours une histoire à raconter, mais l’accueil se fait sur rendez-vous, et une chartreuse ou une ruine privée ne se visite pas. La boucle vélo « Églises et châteaux » permet d’enchaîner les plus belles vues en une journée, et les dégustations des domaines accueillants sont détaillées dans notre guide œnotourisme et dégustations. Pour le reste du patrimoine, églises comprises, voir le patrimoine du Lussacois ; pour le contexte historique, l’histoire de Lussac et du Lussacois.

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