Saint-Émilion, la cité creusée dans le calcaire à dix kilomètres du Lussacois
Il faut le dire d’emblée : Saint-Émilion tient sur 1 608 habitants, recensement 2023, et 60 habitants au kilomètre carré. On est loin de la grande ville. Et pourtant, son nom circule dans le monde entier, parce que le lieu a inventé une manière de produire, de contrôler et de vendre du vin. À une dizaine de kilomètres du Lussacois, la cité vaut mieux qu’un détour rapide.
Une juridiction de huit communes
La Juridiction de Saint-Émilion est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis le 5 décembre 1999, au titre des paysages culturels. C’est le premier vignoble à obtenir cette reconnaissance, et elle ne concerne pas seulement la ville : huit communes composent la juridiction, établie au XIIe siècle par le roi d’Angleterre Jean sans Terre, duc d’Aquitaine. L’UNESCO a retenu un ensemble qu’elle décrit comme l’exemple remarquable d’un paysage viticole historique qui a survécu intact, illustration d’une culture intensive de la vigne dans une région délimitée avec précision. Ce classement protège donc un paysage plutôt qu’un monument isolé : le plateau calcaire, les coteaux plantés et les bourgs qui les occupent, sur les huit communes de l’ancienne juridiction.
La Jurade, née en 1199
La Jurade fut instaurée en 1199, en même temps que la commune de Semelione, par Jean sans Terre. Le roi délègue à des notables et à des magistrats ses pouvoirs économique, politique et judiciaire, pour gérer l’administration générale de la cité. En échange, l’Angleterre profite du privilège des vins de Saint-Émilion : la qualité était contrôlée par la Jurade, par le sceau du vinettier, avant le transport vers l’Angleterre depuis le port de Pierrefitte, sur la Dordogne. Cette autorité dura jusqu’à la Révolution française.
En 1948, les viticulteurs réunis au sein du syndicat viticole ressuscitent la Jurade sous la forme d’une confrérie, ambassadrice des vins à travers le monde, avec l’ambition de garantir l’authenticité et la qualité des étiquettes. Elle organise chaque année la Fête de Printemps en juin et le Ban des vendanges en septembre. Ces jours-là, les jurats défilent dans la cité en robe rouge, assistent à la messe, puis procèdent aux intronisations dans le cloître de l’église collégiale ou dans l’église monolithe.
Une ville taillée dans le calcaire
Tout le patrimoine de Saint-Émilion tient à un détail géologique. L’église monolithe, creusée dans la roche et surmontée de son clocher, est classée monument historique depuis 1886. Autour, l’église collégiale, le palais des archevêques, des immeubles cossus et des restes de fortifications composent une cité qui se lit au fil de ruelles tortueuses appelées tertres, entre des placettes ombragées. Côté table, la ville vit aussi de ses macarons, de ses pâtés et de ses foies gras.
Côté rendez-vous, le festival Philosophia, créé en 2007 par le metteur en scène et scénographe Eric Le Collen, s’inspire du festival de philosophie de Modène et s’installe dans la cité chaque année. Détail qui amuse les joueurs : la ville a servi d’inspiration aux décors du jeu vidéo Vagrant Story.
Pourquoi y aller depuis le Lussacois
Dix kilomètres séparent le Lussacois de la grande voisine, ce qui laisse le choix : la matinée pour la cité, l’après-midi chez les vignerons du secteur, dont les étiquettes se dégustent sans le décor touristique du site classé. Les deux paysages sont pourtant les mêmes, un plateau calcaire, des coteaux bien exposés et des rangs de merlot qui descendent vers la Dordogne.
Le Lussacois relève d’une autre appellation, Lussac-Saint-Émilion, avec ses propres limites et son propre cahier des charges : les deux vignobles se touchent sans se confondre, et la route qui les relie traverse des paysages de vignes du début à la fin.
Pour la partie dégustation, nos adresses de dégustation dans le Lussacois ont été vérifiées cave par cave, à Lussac, Puisseguin, Montagne et dans les communes voisines.
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