La bataille de Castillon, 17 juillet 1453 : la guerre de Cent Ans s'achève aux portes du Lussacois

Miniature des Vigiles de Charles VII représentant la bataille de Castillon, avec chevaliers et bannières
Miniature des Vigiles de Charles VII, domaine public (Wikimedia Commons)

Des vignes de Puisseguin aux coteaux de Francs, les confins orientaux du Lussacois touchent à un lieu chargé d’histoire : c’est devant Castillon, à une quinzaine de kilomètres de Lussac, que s’est joué le 17 juillet 1453 le dernier acte de la guerre de Cent Ans. La défaite y fut si totale qu’elle scella le sort de la Guyenne, province du Bordelais dont les vignes alimentaient alors le commerce avec l’Angleterre.

La Guyenne anglaise au bord de la rupture

Depuis la reconquête de la Normandie, achevée en 1450, les armées du roi de France Charles VII ont pris la Guyenne en étau. Bordeaux tombe le 29 juin 1451. Mais l’administration française que l’on installe ne tarde pas à mécontenter la ville, dont la prospérité repose sur le négoce avec l’Angleterre : une délégation bordelaise traverse la Manche pour demander secours à Henri VI. Le roi anglais répond en envoyant son meilleur soldat, John Talbot, comte de Shrewsbury, l’un des plus fameux chefs de guerre du siècle. Il reprend Bordeaux en 1452 et la province entière bascule à nouveau dans le camp anglais.

Au printemps 1453, Charles VII réplique en lançant trois armées. L’une d’elles descend la vallée de la Dordogne et arrive le 13 juillet devant Castillon, place tenue par les Anglo-gascons.

Une armée nouvelle, l’artillerie de Jean Bureau

Les Français ont amené avec eux une arme inédite : une artillerie de campagne, montée sur chariots, capable de suivre une armée en marche. Autour des frères Bureau, Jean, trésorier général de France, et Gaspard, grand maître de l’artillerie, 700 manœuvriers servent les canons à boulets de fonte. Servie en bataille et non plus seulement en siège, elle constitue une innovation majeure.

L’armée compte aussi 1 800 lances fournies, soit plus de 7 000 combattants, 800 francs-archers et une cavalerie envoyée par le duc de Bretagne. Les Français s’installent dans un camp retranché protégé par des parapets de terre et de troncs, canon pointé sur la ville, et attendent.

La charge folle de Talbot

Talbot n’est pas homme à attendre. Poussé par les vignerons qui craignent pour leurs récoltes et veulent en finir avant les vendanges, il quitte Bordeaux le 16 juillet au matin avec une forte colonne anglo-gasconne et marche à toute allure sur Castillon. À l’aube du 17, son avant-garde surprend et taille en pièces un détachement de francs-archers français posté au couvent des Carmes, à l’ouest de la ville. Des mouvements de cavalerie aperçus à l’est lui font croire que les Français lèvent le camp. Il lance alors l’assaut contre le camp retranché, sans attendre son artillerie.

Les premiers assauts sont repoussés au corps à corps. Pendant ce temps, Jean Bureau ajuste ses pièces. La canonnade française part alors en enfilade, presque à bout portant, et fauche les rangs anglais. Talbot a fait mettre pied à terre à ses cavaliers, mais lui reste en selle malgré son grand âge : un boulet de couleuvrine tue son cheval et lui brise la jambe. Désarmé, sans armure, il est tué par un archer français sans être reconnu. Ses deux fils tombent dans la mêlée. La cavalerie bretonne, postée à l’arrière du camp, charge à son tour et balaie ce qui reste de l’armée anglaise. Bilan : 500 chevaliers anglais tués, plus de 2 000 prisonniers, une centaine de tués ou blessés côté français. Les rescapés s’enfuient vers Castillon ou vers Saint-Émilion.

Ce que 1453 a laissé au pays

Castillon se rend le 19 juillet, Bordeaux affamée se soumet le 14 octobre. Il ne reste bientôt plus aux rois d’Angleterre que la place de Calais. La guerre de Cent Ans s’achève, et avec elle trois siècles de présence anglaise en Guyenne, dont le vignoble garde la mémoire : c’est cette bascule qui a fait entrer les paroisses du Lussacois dans le royaume de France, une étape racontée dans l’histoire de Lussac.

Sur place, le souvenir est resté vif. Le village de Castillon a ajouté « la Bataille » à son nom. Un monument Talbot marque l’emplacement de la chapelle où le chef anglais fut inhumé, et un monument aux frères Bureau, élevé en 1888, borde la route. Chaque été depuis 1977, un spectacle son et lumière, porté par des centaines de bénévoles et des chevaux, y fait revivre la journée du 17 juillet 1453 : le plus grand spectacle de ce type en Nouvelle-Aquitaine.

Le conseil du guide : la bataille est racontée sur place par les panneaux et les monuments, mais le meilleur moment pour s’imprégner des lieux reste une soirée d’été, quand le spectacle vivant ranime la charge de Talbot et la canonnade de Bureau dans le décor même des combats.

Depuis le Lussacois, comptez une demi-heure de route par Puisseguin et Tayac pour gagner le champ de bataille.

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