La vente du château Beauséjour examinée jeudi au tribunal de Libourne
La vente remonte à 2021 et revient jeudi 22 octobre devant le tribunal judiciaire de Libourne. La justice civile y examinera la légalité de la vente du château Beauséjour Duffau-Lagarrosse, grand cru classé B de Saint-Émilion, à la famille Courtin, propriétaire des parfums Clarins. Montant de la transaction, actée par un notaire de Libourne le 12 avril 2021 : 72 millions d’euros.
Le dossier intéresse tout le vignoble libournais, Lussac compris. Le Lussac-Saint-Émilion appartient à la famille des appellations satellites de Saint-Émilion, et les ventes de parcelles y passent par les mêmes règles, encadrées par la Safer.
Un candidat écarté, une procédure engagée
Tout commence en 2019. La famille Duffau-Lagarrosse, propriétaire du château depuis neuf générations et de ses 6,24 hectares de vigne, est traversée de dissensions. Une offre de René Ruello, ancien footballeur reconverti dans la boulangerie, monte à 60 millions d’euros. La société civile immobilière familiale, où siègent 32 actionnaires, mandate la banque Rothschild pour trouver un acquéreur.
Deux familles se positionnent alors : les Cuvelier, propriétaires de Clos Fourtet, à l’est, et les de Boüard, à la tête d’Angélus, à l’ouest. La SCI vote à une large majorité pour l’offre des Cuvelier. Le 18 mars 2021, le comité technique de la Safer écarte pourtant leur candidat et choisit Stéphanie de Boüard. La direction départementale des Territoires et de la Mer relève ensuite que celle-ci est déjà enregistrée comme exploitante agricole, ce qui la prive de la priorité accordée à une installation. Le dossier repasse devant le conseil d’administration, qui désigne les Courtin le 7 avril 2021.
Ce que coûterait une annulation
Évincée, la famille Cuvelier a saisi la justice et sa demande a été jugée recevable. Elle reproche à la Safer d’avoir validé un montage qui ne correspondait pas, selon elle, à l’installation pérenne d’une jeune agricultrice. « On a été naïfs », reconnaît Matthieu Cuvelier, qui ajoute : « Si nous avons tort, nous l’accepterons. »
En face, le directeur de la Safer, Michel Lachat, défend la décision : « Je considère que la Safer a joué son rôle. Tout a été validé par les commissaires du gouvernement. » L’organisme a néanmoins fait entrer son assureur Groupama dans la cause, qui estime que la faute ne serait pas couverte en cas d’annulation.
Le prix atteint en 2021 correspond à environ 10 millions d’euros à l’hectare. « Aujourd’hui, une cession à 10 millions l’hectare à Saint-Émilion serait inimaginable », lâche un connaisseur du marché cité par le journal.
Une annulation obligerait à défaire la vente. Le vendeur pourrait devoir rembourser 72 millions d’euros déjà répartis entre une trentaine d’actionnaires, et l’acheteur réclamer ses investissements réalisés depuis 2021.
Pour le visiteur, ce vignoble se découvre autrement, par les caves du Lussacois et les châteaux qui ouvrent leurs portes.