Onze ans après le drame, Puisseguin se recueille avant l'arrêt de la Cour de cassation

Lussac, en Gironde, vue générale (carte postale du début du XXe siècle)
Photo : auteur anonyme, domaine public (Wikimedia Commons)

Ils étaient environ 70, vendredi 23 octobre au matin, autour des stèles de Puisseguin et de Petit-Palais. Onze ans après la collision qui a coûté la vie à 43 personnes, les familles se sont retrouvées pour un hommage que personne, ici, ne qualifie de simple commémoration.

Le rendez-vous précède de quelques jours une décision très attendue. La chambre criminelle de la Cour de cassation a examiné le 29 septembre le pourvoi du collectif des victimes. Son arrêt doit être rendu après le 3 novembre. Il dira si la procédure peut se poursuivre ou si elle s’éteint définitivement.

« Sans explication, nous sommes des êtres incomplets »

Devant chaque stèle, le rituel n’a pas varié. Dépôt de gerbes, silence, puis la bénédiction par Benoît Garrigue, le nouveau curé de la paroisse, de la sépulture des scellés désormais installée au cimetière de Petit-Palais-et-Cornemps. La violoniste Alissa Oboronova, présente à chaque anniversaire, a joué « La Valse d’Amélie Poulain » et « Sound of Silence ».

Danièle Gauvin, présidente du Collectif des victimes, a pris la parole. Elle refuse que le drame soit résumé à un « simple accident de la route ». Elle vise les failles d’une instruction menée localement et le flou qui subsiste sur l’embrasement instantané du car. « Je lâche mes dernières munitions pour que la Cour de cassation prenne la bonne voie », a-t-elle lancé, avant d’ajouter : « Onze années sans explication pleine et entière des causes d’un tel incendie font de nous des êtres incomplets. »

Le collectif demande la reconnaissance de l’absence d’homologation des réservoirs additionnels et une meilleure protection des passagers vulnérables. Martine Mansion, sa vice-présidente, a perdu plusieurs proches dans l’accident. « On n’arrive pas à faire notre deuil, on ne sait pas en fait. La justice ne nous a pas trop respectés. J’aurais eu besoin d’une réponse, de savoir pourquoi », dit-elle.

Une bataille qui dépasse le dossier judiciaire

Quel que soit l’arrêt, Danièle Gauvin et Martine Mansion annoncent qu’elles poursuivront le combat pour l’amélioration de la sécurité dans les cars, y compris en cas de défaite judiciaire. Le sujet des réservoirs non homologués et des normes applicables aux autocars reste au centre de leur engagement.

Puisseguin et Petit-Palais-et-Cornemps, voisins de Lussac, restent les deux points d’ancrage de ce deuil. La décision de la Cour de cassation tombera dans les jours qui suivent le 3 novembre. Les familles, elles, savent déjà qu’elles reviendront sur ces stèles l’an prochain.