Le chanvre en tête des cultures de reconversion en Libournais, une unité de défibrage visée d'ici deux ans
« Nous ne sommes pas là pour vendre du rêve. » La phrase est signée Jean-Claude Abanadès, vice-président de la Communauté d’agglomération du Libournais chargé de l’agriculture et de la diversification de la filière viticole. Elle résume la méthode : étudier les cultures de reconversion sur des données de marché, pas sur des intuitions.
La Cali et la Communauté de communes Castillon-Pujols ont mis la main à la poche ensemble pour financer cette étude. Objectif affiché : éviter que des viticulteurs qui veulent sortir de la vigne s’engagent sur des voies sans issue, alors que la crise que traverse le vignoble bordelais pousse les arrachages.
Verdict : le chanvre arrive en tête des cultures jugées désirables. Les débouchés sont multiples, la plante consomme peu d’eau et peu d’intrants. Un bémol, l’assolement, puisque le chanvre occupe la parcelle assez longtemps et oblige à une rotation avec d’autres activités.
L’équipement qui manque
Le vrai obstacle est ailleurs. Sans unité de défibrage, la filière reste incomplète : c’est cette étape de transformation de la tige qui produit la chènevotte, utilisée dans l’isolation des bâtiments. Aujourd’hui, il n’en existe pas sur le territoire.
La Cali se montre offensive sur le sujet. « Nous étudions les lieux d’implantation possible », explique Jean-Claude Abanadès, également maire de Sablons et lui-même agriculteur. « L’idée est d’en disposer d’ici deux ans. C’est réalisable. » Des sites ont déjà été visités dans le Libournais.
En attendant, il faut convaincre les exploitations de se lancer, avec à la clé des analyses de sol à faire réaliser. L’élu rappelle volontiers que le territoire était autrefois en polyculture, et que la spécialisation viticole est un phénomène tardif.
Ce que cela dit au reste du Libournais
L’étude a été payée par deux intercommunalités, mais la question dépasse leurs limites. Lussac et le reste du Grand Saint-Émilionnais vivent de la vigne et subissent la même crise de marché. La journée parcelle organisée à Civrac-sur-Dordogne par Chanvre du Libournais et la Chambre d’agriculture de Gironde a d’ailleurs réuni exploitants, élus et journalistes, signe que le sujet circule bien au-delà des deux collectivités signataires.